19/03/2008

Fusionner la Ville et le canton?

 

"Rattacher la Ville au canton, un peu comme à Bâle-Ville". C'est le testament constitutionnel du professeur Auer, qui a donné sa dernière leçon en notre Alma Mater vendredi dernier, et que Dominique von Burg a interviewé dans la Tribune du 17 mars.

 

L'idée de fusionner la commune de la Ville au canton, conçue par un certain Laurent Moutinot en 1999 a été tuée dans l'œuf par une indiscrétion tombée dans l'oreille d'un journaliste de la Tribune. Laquelle s'était empressée de publier le projet le jour où le Conseil d'Etat devait en discuter avec le Conseil administratif de la Ville autour d'une table. Ulcérés d'apprendre la nouvelles dans la presse, les magistrats de la Ville avaient boudé l'agape politique.

 

Faut-il vraiment relancer cette idée alors que les limites de la ville s'étendent bien au-delà de la frontière politique de la commune de Genève? Faut-il fusionner également au canton les villes de la couronne? Mais Plan-les-Ouates, Veyrier et Bernex, qui vont bientôt franchir le cap des dix mille habitants, ne sont que des banlieues sans aucun caractère urbain. Et quel est le centre urbain de Thônex? Annemasse ou Genève?

 

La fusion est démocratiquement et politiquement impossible. On ne voit pas quel argument convaincrait les citoyens de Genève de se faire hara kiri. Et la gauche qui tient la ville jamais n'acceptera de dissoudre son pouvoir dans un canton qui reste majoritairement ancré à droite.

 

Il faut faire preuve d'inventivité. Laissons donc, sauf volontés locales particulières de regrouper des communes (Russin et Dardagny, Bardonnex, Perly-Certoux et Plan-les-Ouates, Troinex et Veyrier, les Trois Chênes, Soral, Laconnex et Avusy, Corsier, Anières et Hermance, Gy et Jussy, etc.), laissons donc perdurer la géographie des communes du XIXe siècle.

 

Considérons simplement qu'elles n'ont plus la bonne dimension pour gérer intelligemment et économiquement les tâches publiques. Laissons à un collège de trois ou cinq magistrats élus des tâches de justice de paix, d'animation de quartiers, de supervision du monde associatif subventionné, d'intégration des nouveaux habitants. Et confions à des agences publiques ou privées contrôlée par des assemblées d'usagers élues, la gestion des grands domaines de l'Etat.

  • Aux Services industriels la gestion des déchets, des eaux (propres et usées) et des réseaux de fluides.
  • A l'Agence autonome de la santé publique, la gestion des Centre de soins et de prévention et de leurs personnels.
  • A l'Agence autonome de l'action sociale, la gestion des aides sociales, des personnels de l'action sociale et l'animation des quartiers.
  • Au DIP, ou à une Agence autonome ad hoc, la gestion du parascolaire et du périscolaire et de leurs personnels.
  • Au DAEL, ou à une Agence autonome ad hoc la gestion de l'Urbanisme et des autorisations de construire.

 

Chacune de ses agences (et d'autres sans doute) pourrait sans peine étendre son territoire d'action via des conventions passées avec les Conseils municipaux qui leur confieraient la gestion des ces tâches publiques. Ainsi le droit démocratique serait préservé. Des assemblées d'usagers élues se réuniraient une fois par an pour soumettre les directions aux questionnements légitimes et désigner leurs représentants au conseil d'administration de ces agences.

 

Les Services industriels, qui fournissent de l'eau à Annemasse et qui viennent de signer un accord de partenariat avec les Services industriels de Nyon, et les TPG avec Unireso préfigurent cet avenir d'agences publiques dont le territoire d'action débordent les frontières politiques devenues obsolètes. Restent à les doter d'assemblée d'usagers.

 

JFM

 

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10:30 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

Créer des "Agences autonomes" ... cela sonne comme autant de petits pas qui vont dans la facilitation de la privatisation de services publics ... effet cliquet quand tu nous tiens !

D'ailleur, si la privatisation n'est pas visée, c'est absurde à un niveau financier, car le fait de garder tout grouper au sein d'une seule entité (oui, le fameux "Etat" tant décrié) permettrait de réaliser des économies d'échelles ... donc, franchement, je ne vois pas la logique !

Écrit par : Dji | 19/03/2008

Une constituante sera prochainement élue. Il faut espérer que ceux qui y siègeront ne tomberons pas dans le piège du détail et sauront se garder de faire de la politique politicienne pour concentrer leurs travaux sur l'architecture de la République de demain.

L'Etat doit notamment revenir à ses tâches essentielles et cesser de jouer à la mère poule. Un Etat fort repose sur une communauté des citoyens forts.

l'Etat ne doit pas servir de cautelle mais de tremplin social.

Pour ce qui est du découpage des communes, ce qui est certain c'est que Genève doit être découpée en arrondissements. L'avenir de Genève est en jeu. On ne peut plus avoir un verrou central qui paralyse l'ensemble qui est géré par un assemblage politique minoritaire.

La révision totale des conditions de l'élection constituera elle aussi l'un des enjeux majeurs.

On ne peut pas continuer à avoir un gouvernement dont les membre ne sont liés par rien si ce n'est un discours qui est plus une liste à la Prévert qu'un engagement politique contraignant.

Les exemples les plus récents, dont les dérapages constatés dans les "agences de l'Etat" pilotée par un seul des membres du gouvernement, nous disent bien que ce système est révolu.

Ce qu'il faut surtout souhaiter c'est que, mis à par le principe fondamental de la laïcité de l'Etat et la primauté des libertés individuelles, les constituants sauront et oseront faire table rase pour partir sur une page blanche.

Le pire des écueils est de refaire de la charte fondamentale, une loi d'application.

Et sur ce point, la menace est forte.

Écrit par : Patrick Dimier | 19/03/2008

Genève DOIT, comme partout, évoluer ! Fini les chipoteries politiques ridicules ! Il faut servir le PEUPLE dans son ensemble d'abord ! Genève est déjà un CANTON-VILLE. Pourquoi donc continuer dans ce système féodal ???? La ville n'est actuellement qu'une parcelle du canton ! IL FAUT EVOLUER ! Les murailles ont été démolies depuis bien longtemps (à part quelques vestiges historiques !)! Si la ville vît, c'est grâce à tout ce qui l'entoure !!!!!!!!!!!!!!! Moins d'administrations = PLUS D'ECONOMIES !!!!!!!
Qu'attendez-vous donc pour changer, évoluer et améliorer pour l'intérêt PUBLIC !? ........ Doit-on comprendre que finalement tous ces politiciens ont peur de perdre leur place !!!??? AU DETRIMENT DE L'INTERET PUBLIC !
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Écrit par : coucou | 19/03/2008

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