12/12/2008

La crise place les constituants face aux vraies questions

genecand ben.pngLa crise économique sans précédent depuis 1929 que traverse le monde va-t-il jouer le rôle des révolution qui d'ordinaire précèdent la rédaction de constitutions modernes et novatrices? Le constituant inscrit sur la liste Ge-Avance, Benoît Genecand, ex-Monsieur UBS Genève et ex-Monsieur Praille Acacias Vernets, le pense dans une tribune libre publiée ce matin par la Tribune de Genève et intitulée "La crise place les constituants face aux vraies questions".


Genève va entamer sa réflexion au milieu d’un maelström économique sans précédent. Douloureux constat.
Et pourtant: cette crise redonne à la discussion sur la Constitution un cadre externe qui fait souvent défaut dans le débat politique. Prenons deux exemples: Genève a bénéficié ces dernières années d’une croissance économique vigoureuse et diversifiée. La population a néanmoins fait preuve d’ambiguïté: on accueille volontiers les fruits financiers de cette croissance sans être prêt à montrer la même ouverture pour de nouveaux logements.
Figée dans une confrontation stérile, la République a manqué à son devoir de construire des appartements, générant une extrême tension sur le marché immobilier. Tension qui touche toute personne mobile, soit qu’elle arrive, soit que sa situation personnelle change (mariage, divorce, jeune qui quitte le foyer).
Ce manque de logements, que l’on peut chiffrer à 15 000 unités de toutes catégories, peut se révéler aujourd’hui positif. En construisant 2000 à 2500 logements par an, Genève pourrait à la fois sortir de son impasse immobilière et mener une politique économique anticyclique.
L’autre exemple est la réforme de l’Etat. On attend encore à Genève une vraie réflexion sur le fonctionnement de l’administration. Une réflexion qui dépasse l’opposition, là aussi stérile, entre ceux qui disent que tout franc dépensé en moins par le public est antisocial et ceux, guère plus subtils, qui rétorquent que le seul moyen de limiter les dépenses de l’Etat est de lui couper les vivres.
Comme si l’Etat et son administration ne devaient pas constamment réfléchir aux défis futurs (démographie et environnement) et à l’adéquation entre les ressources et les objectifs à atteindre.
Tant pour la réforme de l’administration que pour le développement des constructions, la Constituante peut être la plate-forme de discussion. Dépassant les oppositions figées, les 80 élues et élus pourront se demander posément et pratiquement ce que veut notre communauté et quelles sont les modifications institutionnelles nécessaires pour atteindre les buts fixés. J’insiste sur la séquence: d’abord définir les priorités, la hiérarchie et ensuite mettre les mains dans le cambouis institutionnel. Faire le contraire est un gaspillage des deniers publics: qui peut dire si nous serons mieux à 8, 12, 14 communes ou simplement en maintenant le nombre actuel, si nous n’avons pas au préalable défini ce que nous cherchons à obtenir…
A l’inverse, un débat orienté seulement sur la Genève que nous rêvons serait une garantie d’échec à la sortie.
Nous vivons une époque privilégiée où la majorité subvient largement à ses besoins et peut participer comme citoyen au futur de la communauté. Par beau temps, ce fait semble acquis pour toujours et permet finalement un comportement de consommateur: je profite du système tout en le critiquant sans pour autant m’investir pour le maintenir ou le modifier.
Ou comme le dit Marcel Gauchet: «L’individu contemporain pourrait être le premier individu à pouvoir se permettre, de par l’évolution même de la société, d’ignorer qu’il est en société.» La crise économique a ainsi une vertu inattendue: elle nous rappelle à la fois le privilège et la fragilité de notre organisation actuelle ainsi que la nécessité de s’investir dans une réflexion qui garantisse le futur du lien social de notre communauté genevoise.

Benoît Genecand, membre de la Consituante genevoise

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