09/10/2009

A quel âge la scarification citoyenne?

ocia du site ciao.jpgLe site internet Ciao le dit à la rubrique majorité sexuelle: en Suisse, c'est 16 ans. Pour signer un contrat, c'est 18 ans. Les obligations militaires c'est 19 ans. On cotise à l'AVS dès 20 ans, mais on peut commencer à constituer un 2e pilier dès 17 ans. A Genève, il faut avoir 27 ans pour devenir conseiller d'Etat (mais on peut devenir conseiller fédéral dès la majorité civile de 18 ans).

Alors que "La mauvaise vie" de Frédéric Mitterrand enflamme la France et les médias, la Constituante s'est offert hier soir un débat  hors du temps aux tréfonds du collège Calvin. Vingt-et-une personnes, aucune n'ayant moins de 24 ans, ont doctement discuté du droit de vote à 16 ans. Enfin pas tout à fait hors du temps.

Les Bernois votent sur l'abaissement de la majorité civique le 29 novembre prochain. Et la question taraude une société vieillissante: peut-on laisser les vieux décider de l'avenir de Genève - l'âge moyen des Genevois est 56 ans et dans 20 ans il y aura deux fois plus d'octogénaires.


DSC02989.JPGDSC02994.JPGPouvoir voter et être élu dàs l'âge de 16 ans - personne n'a fat la distinction hier soir, alors que les Glaronnais n'ont octroyé que le droit de vote en 2007 aux 16-18 ans - abaisser l'âge de la majorité civique n'est pas un conflit de génération.

Hier soir, il y avait un peu plus de jeunes pour (les constituants Verts Florian Irminger et Louise KasserAndres Martines, président de la Passerelle des jeunes pour la Constituante ou encore David Matthey-Doret, président du Glaj ) que contre (le constituant Murat Alder, la présidente des jeunes libéraux Caroline Gaillard). Du côté des adultes, la coprésidente socialiste de la Constituante Christiane Perregaux est plutôt favorable, tout comme Claire Martenot, constituante Solidarités et enseignante au Cycle d'Orientation, alors que le seul membre (pour l'instant) de la section jeune de l'AVIVO, le constituant Pierre Gauthier est opposé. Tout comme le constituant ver Olivier Perroux.

DSC02999.JPGCes deux oppositions sont intéressantes car elle permette de comprendre l'enjeu qui ne se résume pas à un bulletin de vote. Pierre Gauthier qui a côtoyé, durant ses onze ans de service au CICR, des enfants soldats, a bien expliqué que l'honneur de l'Occident et des nations attachées à la mise en oeuvre des droits humains était de protéger les jeunes. On a ainsi progressivement augmenter l'âge de porter des armes ou de travailler. On a créé une bulle protectrice qui permet aux enfants de vivre leur jeunesse et de se former. Bref les opposants craignent que l'abaissement de l'âge de la majorité civique n'ouvre la porte à l'abaissement de la majorité civile, comme c'est l'intention de Sarkozy en France pour lutter contre la racaille

Le statu quoi l'emportera-t-il au sein de la Constituante? C'est vraisemblable. De toute manière pour Florian Irminger, benjamin de la commission qui s'occupe des Droits politiques, le vote à 16 ans n'est pas un enjeu central. Sa collègue Louise Kasser défend davantage cet élargissement du corps électoral. Celle qui fut présidente du Parlement des jeunes à 13 ans et vaillante première présidente de la Constituante, explique qu'il ne faut pas avoir peur d'une prise de pouvoir par les jeunes: " Les votes en blanc qu'organisent certains collèges avant les votations montrent des résultats sensiblement identiques à ceux des adultes et un taux d'abstention similaires".

De l'abstention, ce cancer des démocraties. il ne fut guère question hier soir. Il ne fut pas non plus question des droits civiques aux étrangers, si nonbreux à Genève, qui rend les cours d'instruction civique à l'école problématiques, quand 30, 40 ou 50% des élèves sont étrangers. De la suppression du droit de vote aux personnes très âgées, incapables de discernement, il ne fut pas question non plus.

Pourtant le très docte et très carré Murat Alder, auteur d'une constitution à ses heures perdues, a bien précisé que les deux critères pertinents en la matière sont le discernement politique - les jeunes de moins de 18 ans ne l'ont donc pas selon lui - et l'égalité de traitement. D'autres ont ajouté qu'ils n'étaient pas certains que les adultes disposaient bien tous et à tout instant de cette capacité du discernement politique.

L'ambitieux politicien radical, dont un oncle a [créé correction selon commentaire de M Alder ci-dessous] présidé l'Alliance des Indépendants, semble moins craindre craint autant l'abaissement de la majorité civile à 16 ans que l'insécurité du droit résultant du découplage de cette majorité avec la majorité civile. "J'étais antimilitariste à 16 ans et je suis officier de l'armée suisse aujourd'hui" a-t-il dit pour souligner qu'on n'est pas assez mûr à l'adolescence pour exprimer de sages avis dans les urnes.

Au final, le vote à 16 ans à Genève se jouera entre ceux qui pensent que l'abaissement de la majorité civile est un outil pédagogique qui aide les ados à sortir de la bulle protectrice de l'enfance et ceux qui estiment, au contraire, que le vote à 18 ans est le signe de l'achèvement d'un processus d'éducation: un rite de passage, une scarification, un piercing citoyen valant passeport pour l'âge adulte.

On en débat ci-dessous. Cliquez sur le mot commentaires.

J.-F. Mabut

 

DSC03005.JPGPS: la soirée était la première manifestation publique de la Passerelle des jeunes pour la Constituante (évoqué il y a un an déjà par Philippe Currat), une association fondée par Andres Martinez (à droite sur la photo) et Antoine Maulini, tous deux candidats malheureux à la Constituante et candidats au Grand Conseil, qui en sont les président et vice-président.

L'association bénéficie du soutien du DIP qui avait fait passé l'information aux doyens du post-obligatoire. Sans doute le prochain débat devra-t-il être tenu pendant les heures de cours dans un cycle ou une école de formation professionnelle. L'absence hier soir d'apprentis gagnants leur vie dès 15 ans a aussi biaisé le débat.

Commentaires

bonjour...juste une question : c'est quand que les constituants vont se pencher sur le "droit de se prostituer à 16 ans en Suisse"...un scandale, une honte...une déviance qui frise la pédophilie pour tous ces consommateurs de sexe tarifé...??

ah oui...encore une "particularité hélvète"...c'est sûr que dans ses conditions, avec toutes ces "arrangements"...on est pas prêt de devenir euro-compatible..à défaut d'être européen...

Écrit par : MUR | 09/10/2009

Cher Monsieur Mabut,

Un grand merci pour avoir assisté à notre débat du 8 octobre 2009 et pour votre compte-rendu circonstancié.

Je me permets d'apporter les précisions suivantes :

1. Fixer un âge civique est nécessairement un exercice arbitraire : je ne considère pas que tous les moins de 18 ans n'ont pas le discernement politique. Il m'apparaît cependant justifié de présumer que ce discernement politique apparaît dans la plupart des cas autour des 18 ans plutôt qu'autour des 16 ans.

2. Mon oncle, Claudius Alder, n'a pas créé l'Alliance des Indépendants, mais en a été un Président et un Conseiller national pour le canton de Bâle-Campagne.

3. "semble moins craindre l'abaissement de la majorité civile à 16 ans que l'insécurité du droit résultant du découplage de cette majorité avec la majorité civile" : je crains les deux au même titre !

Avec mes remerciements réitérés et mes meilleures salutations,

Murat Julian Alder

Écrit par : Murat Julian Alder | 09/10/2009

"bonjour...juste une question : c'est quand que les constituants vont se pencher sur le "droit de se prostituer à 16 ans en Suisse""

Et la pilule à 13 ans comme l'a prôné une responsable de la jeunesse?

Écrit par : Patoucha | 10/10/2009

Bonjour Patoucha,
J'ai appris en effet que la prostitution est tolérée en Suisse dès l'âge de 16 ans. C'est un scandale. Fort heureusement, j'ai aussi appris que la question a été prise en main par le Grand Conseil.
Bonne journée !

Écrit par : Murat Julian Alder | 12/10/2009

ah merci de me répondre.... voilà une bonne nouvelle ¨¨ le GC s'est emparé de la question...et bien il faut une loi pour interdire cette pratique immonde et sanctionner sévèrement les "usagers"...

Écrit par : MUR | 12/10/2009

Juste un pavé lancé dans la mare, je suis lucide...

A quand une loi qui oblige la scolarité obligatoire à larguer les jeunes de 16 ans hors des murs de l'école en sachant lire ?

Ecrire, nous savons maintenant que c'est trop demander, mais lire, à 16 ans, là sera le vrai progrès !

Écrit par : Greg | 12/10/2009

En droit suisse, il n'y a pas de notion de majorité sexuelle, ce qui peut créer des incompréhensions. Le droit pénal ne punit notamment pas les relations entre un mineur de moins de 16 ans et un autre partenaire (mineur ou majeur) si la différence d'âge ne dépasse pas trois ans. Une fille de 13 ans peut donc avoir une vie sexuelle en toute légalité, d'où la nécessité d'accéder au moyens de contraception. Pour la question de la prostitution des mineurs, le droit pénal ne fait en l'état pas la distinction suivant que la relation comprend une contrepartie financière.

Écrit par : enfaitetendroit | 13/10/2009

Bonjour,
Les Parlements de Jeunes, dont Louise Kasser a été une brillante présidente en VGE, ont comme objectif premier de permettre au jeunes (y compris majeurs et ayant le droit de vote donc !) de pouvoir exprimer leur opinion d'une façon "officielle" en dehors de structure partisane, sur le même principe que les Conseils d'aînés qui existent dans diverses communes et cantons. Le deuxième objectif des PJs, c'est de former les jeunes à la vie civique et leur permettre, une fois majeurs, de se faire élire plus facilement. Ou, au pire, de mieux figurer sur les listes électorales des divers partis.
Diverses personnalités politiques en vue actuellement ont été présidents, ou du moins membres de bureau de PJ, dont Antonio HODGERS (conseiller national) ; Andreas MEISTER (député dans le Grand Conseil sortant) ; Pierre MAUDET (Conseiller administratif VGE) ; Louise KASSER (présidente du Bureau provisoire de la Constituante) et de nombreux Conseillers municipaux dans les communes. Ce qui démontre que les PJ ont une certaine utilité.
Selon moi, il n'y a pas tellement d'urgence à abaisser le droit de vote (ce qui équivaut à relancer le débat sur la baisse de la majorité juridique simultanément).
Gilles-Olivier Bron, anc. président du PJ Vernier, conseiller municipal

Écrit par : G.-O. Bron | 13/10/2009

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