18/02/2010

Huit jours après le coup de gueule de Comtesse

barbey Christophe gssa.jpgsouaille haute fb.jpgCinq commentaires ont été postés sous le long compte-rendu de l'audition publique de la Genève internationale. Philippe Souaille, par ailleurs blogueur régulier sur Mondialisation humaniste, ne ménage pas ses mots et n'hésite pas à qualifier de loi de la jungle une régulation automatique qui se passerait de l'Etat. On lira son commentaire ci-dessous. J'ai surligné les passages importants.

Le commentaire de Christophe Barbey n'est pas moins intéressant.  Le militant du GSSA, que j'espère bientôt accueillir sur le Forum des blogs de la Tribune, évoque un élément inaccessible aux Constituants mais dont Genève est un des pôles: la gouvernance mondiale.

Pour les constituants qui pensent que la Toile est bonne pour les "djeunes", précisons qu'ils écrivent le texte fondateur pour eux. A lire le vécu récent de Philippe Labro dans Le Figaro de cette semaine sous le titre: "L'Indien aux doigts électroniques"


"Une des raisons pour lesquelles les Etats ne se renforceront pas tant que cela, écrit Christophe Barbey, c'est que la gouvernance mondiale est inéluctable. Comment se fera-t-elle ? Comment évoluera-t-elle ? Et en faveur de qui ? Par quelles méthodes ? Ce sont là des vraies questions sur l'avenir de l'humanité (et de la démocratie par Internet d'ailleurs), mais qui ont aussi, pour une part leurs réponses, ici et maintenant, à Genève. Et idéalement, pour une part aussi, dans cette constitution à venir, puisqu'elle créée un exemple, un précédent, et parce qu'elle entoure, soutient une partie des processus qui vont vers ce monde à venir, ici et ailleurs."

Comment Genève sera-t-elle gouvernée en ce XXIe?

Quelle sera la part de la démocratie représentative classique (élection, parlement, droits populaires), celle de la démocratie participative (consultation, codécision, co-exécution des associations), celle de l'ajustement contractuel et/ou marchand, celle enfin de la gouvernance collaborative, où tout un chacun peaufine la règle commune et celle enfin de la démocratie électronique (vote par sms, récolte de signatures par smartphonevidéo?

Comment donner sa part à chaque mode sans perdre en efficacité, sans rendre le système trop complexe et trop coûteux? Tel est le défi que doivent relever les Constituants.

JFM


Ecrit par : Philippe Souaille | 11.02.2010

Xavier Comtesse assène avec un aplomb désarmant quelques provocations supputatives et autant de contre-vérités flagrantes. Il a semble-t-il cessé de voyager depuis trop longtemps.

Le prix des restaurants, par exemple, contrairement à ce qu'il avance, est aujourd'hui, à qualité équivalente, deux fois moins élevé à Tokyo, Los Angeles ou Cannes qu'à Genève. C'est un vrai problème, car évidemment, tout est à l'avenant et cela pèse autant sur les internationaux que sur les Genevois. Ceci dit, la fin du secret bancaire devrait conduire au départ d'un certain nombre d'employés de banque vers d'autres cieux. Ce qui diminuera les tensions sur le marché du logement et sur les prix en général... Tout en réduisant les revenus de l'Etat, qui risque d'avoir du mal à payer factures et salaires... D'où le souci d'attirer des hedge funds, qui font pression à la hausse sur le marché du logement comme sur les prix... Le serpent se mord la queue. Mais le problème ne se résoudra pas en jetant quelques idées en l'air comme Comtesse aime à le faire et en plus réussit à se faire payer pour. Trop fort!

La régulation style "internet" que promeut Comtesse est évidemment à l'opposé du business même de l'OMC qui consiste à établir des règles du jeu fiables entre Etats. Mais la régulation style internet c'est la négation de la démocratie et c'est très souvent soit le b... absolu et à terme la loi du plus fort, soit le retours de la régulation classique. Tu parles de sélection naturelle, Jean-François, c'est juste un autre nom pour "loi de la jungle" et ce n'est certes pas un avenir recommandable, ni même souhaitable. Dès lors, il est inapplicable ou nous mènera droit dans le mur, réduisant à néant un bon siècle d'efforts de construction de la paix sur cette planète.

Heureusement, Comtesse se trompe. Lourdement: comme l'a fait remarquer J. Lador, même les régulateurs d'Internet se rencontrent régulièrement autour d'une table. Et les Etats nations (profitant de l'anarchie apparente) y jouent un rôle puissant et parfaitement anti-démocratique, les Etats-Unis en particulier, ou à l'inverse, la Chine et l'Iran, qui contrôlent étroitement leur système national.
Par ailleurs, n'importe qui peut influencer ce qui est écrit sur wikipedia. Certains y mettent le prix, ou investissent en forces militantes et gagnent.

La foire d'empoigne que sont souvent les blogs de la tdg, en l'absence de régulation, montre assez l'impasse du système, par ailleurs soumis à l'épée de Damoclès de la législation officielle, qui reste en vigueur.

Tu parles d'économie de l'internet, mais le moins qu'on puisse dire est qu'elle reste balbutiante. En fait s'il n'existait pas l'économie réelle, à côté, pour produire de la richesse et la faire vivre, l'économie du net n'existerait tout simplement pas, parce qu'elle n'a toujours pas vraiment de business model viable.

Sans compter que les rêves de télétravail et de téléconférences, cela fait vingt ans qu'on les entend, mais sans grand résultat concrêt. Le business de la Genève Internationale, c'est l'élaboration de règles. Cela se fait tous les jours dans les OI, et cela ne va pas s'arrêter. Cela pourrait être délocalisé, si l'on devient trop cher, mais le business de l'administration existera toujours, ici ou ailleurs. Dans des immeubles en dur, avec des bureaux, et pas sur une toile virtuelle.

On peut souhaiter que cela se fasse de manière plus démocratique, sous le contrôle d'assemblée mondiales élues, par exemple, mais certainement pas sous la houlette des ONG (comme le prône Comtesse) qui n'ont rien de démocratique. Il est bon qu'elles existent, que les lobbys d'intérêts économiques ou politiques qu'elles représentent puissent s'exprimer, mais elles ne représentent qu'elles mêmes.
En fait sous ses airs de Pythie en transes, la vision d'avenir de Comtesse date sérieusement. Même lorsqu'il parle de la fin du secret bancaire, dont il se vante débattre déjà depuis 10 ans... Je me souviens de conversations de mon père sur ce sujet, avec ses copains décideurs à différents niveaux en Suisse. Mon père est mort il y a exactement 25 ans...

Cela étant, la Constituante doit-elle faire référence à la Genève Internationale et sous quelle forme ? Cela n'est pas nécessaire, mais si l'on veut que cette constitution garde du sens pour les décades à venir, il me paraitrait judicieux d'inclure quelque chose d'assez général, mais laissant la porte ouverte à toutes les éventualités, du style:

"Genève soutient les efforts de la communauté internationale visant à construire un monde harmonieux prenant en compte les intérêts de tous".

 

 

Ecrit par : Christophe Barbey | 12.02.2010

Bonjour,
1° Il me semble douteux que ce soit les Etats qui se renforcent. C'est la démocratie qui progresse parce que le monde s'intellectualise; parce de plus en plus les êtres humains répugnent à faire ou à tolérer à la guerre; parce qu'Internet et la société civile créent de nouvelles formes de participation et (sic) parce que la Suisse fait exemple de démocratie directe !!!

2° Mais les Etats ne disparaîtront pas, ils évoluent. Ils "subisdiarisent" une partie de leur pouvroir vers les régions. Et là, la Constituante a une place à prendre : Genève en tant que Région bien sûr, mais aussi en tant que région internationale (la Genève internationale), voire "transnationale". En participant au dialogue multilatéral, entre Etats, OIG et ONG, Genève a une place très particulière, dîgne d'être rappelée, soutenue et partagée.

3° En précisant toutefois, et contrairement à ce qui a parfois été dit lors de l'audition, que c'est quand même un peu donnant-donnant, que Genève reçoit beacoup de la Genève internationale comme celle-ci reçoit de Genève, et que quand il s'agît d'en payer les coûts matériels, un équilibre est nécessaire.

4° Il me semble utile de rappeler alors, mais mieux, ce que j'ai dit lors du débat. En toute honnêteté, sans arrière-pensée et sans vouloir créer de rivalités entre les deux villes, s'il arrive quoi que ce soit qui change à New York et qui l'empêche de fonctionner, c'est Genève qui devra y suppléer, qui prendra aloprs un rôle de "capitale mondiale", heureusement tempéré par la dite démocratie.

5° Peut-être qu'en 2020 la Constitution que prépare l'Assemblée Constitutante sera foutue. J'en doute ! Et je souhaite que les Constituantes et Constituants travaillent avec une vision et des outils à plus long terme.

6° Mais une chose est sûre : une des raisons pour lesquelles les Etats ne se renforceront pas tant que cela, c'est que la gouvernance mondiale est inéluctable. Comment se fera-t-elle ? Comment évoluera-t-elle ? Et en faveur de qui ? Par quelles méthodes ? Ce sont là des vraies questions sur l'avenir de l'humanité (et de la démocratie par Internet d'ailleurs), mais qui ont aussi, pour une part leurs réponses, ici et maintenant, à Genève. Et idéalement, pour une part aussi, dans cette constitution à venir, puisqu'elle créée un exemple, un précédent, et parce qu'elle entoure, soutient une partie des processus qui vont vers ce monde à venir, ici et ailleurs.

Bon week-end et que la vie vous soit belle !

 

Commentaires

Quand l’Etat murmure à nos oreilles de Joseph S. Nye (EXTRAIT CHOISI)
.....L’approche centralisée de la diplomatie publique à l’égard des médias reste toujours importante. Les gouvernements doivent corriger tous les jours les interprétations erronées de leurs politiques tout en essayant de faire passer un message stratégique à plus long terme. La principale force de l’approche médiatique est de toucher une large audience, de contribuer à développer des prises de conscience chez le public et à définir l’ordre du jour. Mais sa faiblesse réside dans son incapacité à influencer la perception du message dans des contextes culturels différents. L’émetteur du message sait ce qu’il dit, mais pas toujours ce que son destinataire entend. Les barrières culturelles peuvent déformer
ce qui est entendu.
Les communications en réseau, par contre, peuvent dépasser les différences culturelles grâce aux échanges et aux relations «peer-to-peer». Compte tenu de leur structure à responsabilité politique centrale, les gouvernements ont quelques difficultés avec ce type de communication décentralisée et flexible.
La plus grande flexibilité des organisations non gouvernementales à utiliser les réseaux a donné naissance à ce que certains appellent la nouvelle diplomatie publique. Elle ne se cantonne plus uniquement à la transmission de messages, aux campagnes de promotion ou même aux contacts gouvernementaux directs avec des publics étrangers pour servir les besoins de la politique extérieure. Il s’agit là de construire des relations avec les acteurs de la société civile dans d’autres pays et de faciliter les liens entre les acteurs non gouvernementaux locaux et étrangers.....
A consulter: http://www.letemps.ch/Page/Uuid/0f20d5c8-1cd5-11df-8db9-e10f27342653|0

Écrit par : demain | 19/02/2010

on s'éternise autour du terme mondialisation... c'est un peu comme Don Quichotte contre les moulins a vent. L'Europe veut rester industrielle. M ais
comment une zone ou les salaires sont les plus élevés peut-elle vendre des
produits courants chers à des zones plus pauvres qu'elle ? Sarkosy veut proteger l'industrie française, bravo, mais l'industrie française de produits courants est condamnée, pour une simple raison de prix de revient et de pouvoir d'achat des clients potentiels. En revanche, la F rance n'est pas en pointe pour la recherche industrielle qui pourrait lui fournir des creneaux plus pointus. Dès lrs on tourne en rond d'autant plus que l'industrie d'Outre-Jura futbien longtemps l'une des plus protegée d'Europe...

Écrit par : jean-marie laya | 05/03/2010

Hey Mr Laya, mon maître de stage, comment allez vous ? Cela fait quoi, 33 ans, que vous supervisiez mes premiers pas dans l'élaboration de la Une de la Julie...
Il y a une phrase de vous qui me revient souvent: "dans ce métier, comme en politique, mieux vaut avoir le cuir bien épais"

Écrit par : Philippe Souaille | 05/03/2010

C'est vrai qu'ilfaut avoir le cuir épais... Mais il ne faut pas non plus se perdre dans les détails. En Suisse, ilnous faudrait beaucoup plus de gens ayant l'ouverture de Comtesse... et ne pas se perdre dans des détails qui voilent souventles vrais problèmes. Mais moi, je suis maintenant philosophe, à 2.000 kms de la Suisse, au soleil, au bord de la mer... Mais cela donne aussi un recul qui permet de voir les chosesde plus loin, non sans inquiétude pour cette vieille Europe que nous aimons tous, mais qui perd chaque jour un peu plus d'importance car elle vit plus dans son passé qui face à l'avenir

Écrit par : jean-marie laya | 06/03/2010

C'est vrai qu'ilfaut avoir le cuir épais... Mais il ne faut pas non plus se perdre dans les détails. En Suisse, ilnous faudrait beaucoup plus de gens ayant l'ouverture de Comtesse... et ne pas se perdre dans des détails qui voilent souventles vrais problèmes. Mais moi, je suis maintenant philosophe, à 2.000 kms de la Suisse, au soleil, au bord de la mer... Mais cela donne aussi un recul qui permet de voir les chosesde plus loin, non sans inquiétude pour cette vieille Europe que nous aimons tous, mais qui perd chaque jour un peu plus d'importance car elle vit plus dans son passé qui face à l'avenir

Écrit par : jean-marie laya | 06/03/2010

Les commentaires sont fermés.