02/06/2010

Egalité hommes femmes: le PDC devrait faire marche arrière

égalité sexe.pngOuh là! Il n'ont pas été à la fête, lundi soir à Vésenaz, les élus PDC à la Constituante. Les Assises sur la nouvelle constitution, convoquées il y a deux mois par le parti, ont rassemblé une quarantaine de personnes. Mais elles ont presque toutes dit leur stupéfaction d'avoir appris par la presse que le groupe PDC de la noble assemblée appartenait à une droite "élargie", dont les contours restent flous, mais dont les extrêmes - le MCG et l'UDC - n'apparaissent pas comme des partenaires fiables. L'UDC était contre la Constituante, comme l'AVIVO à gauche, et continue de l'être et de le manifester. Quant au MCGe, ses quatre élus sont des transfuges d'autres partis dont les décisions n'engagent certainement pas le duo Stauffer Poggia, les électrons libres de la politique genevoise.

Bref que les six constituants PDC se soient retrouvés dans cette majorité qui, d'un vote, d'un seul, a balayé l'égalité entre les hommes et les femmes [cliquer sur l'image tirée du rapport de la commission 1, page 10] et le droit au logement des principes fondamentaux de la future constitution genevoise n'a pas, mais alors pas du tout, été du goût des militants. Philippe Roch et Raymond Loretan ont essuyé le feu des critiques. Ils n'ont pas réussi a faire partager leur point de vue. Les autres sont restés cois.

Votre raisonnement est trop subtile. Vous avez fait preuve de naïveté. La population et nos électeurs ne vous comprennent pas, leur ont rétorqué en substance en salves répétées les très nombreux intervenants. Philippe Joye, très en verve, n'a pas été le dernier à fustiger une posture à 180 degrés du "geste humanitaire de Dominique Föllmi, qui a pris par la main une jeune enfant clandestine pour la conduire à l'école, une action dont Genève se souviendra éternellement et dont les constituants devraient s'inspirer". Carlo Lamprechet a demandé une rapide clarification à l'adresse des militants du PDC.

La gauche n'en demandait pas tant. Plus rompue aux arcanes de la communication combative qu'une droite prise, de son propre aveu, au dépourvu sur ce terrain, elle profite de son avantage.


Elle ameute la presse qui joue son rôle de tam tam. On trouvera son argumentation dans L'Appel à la Constituante diffusé hier après-midi par le constituant Alfred Manuel des Associations de Genève dans son blog Consom'acteur. Elle manifestera jeudi après-midi avec les associations féministes pour le rétablissement de l'article sur l'égalité des sexes.

Lundi soir, Philippe Roch et Raymond Loretan ont fini par rendre les armes. Les cosntituants PDC voteront sans doute pour l'égalité entre hommes et femmes - un principe acquis en votation populaire en 1987 - au printemps 2011, lorsque le premier projet de texte constitutionnel sera débattu. Pour le logement, c'est moins certain.

Comment expliquer l'alliance des PDC à la droite "élargie"? Philippe Roch et Raymond Loretan ont dit lundi leur ras le bol d'une gauche archaïque, de la nécessité de rédiger un texte simple ne portant que sur les principes, du fait qu'il valait mieux affirmer dans les tâches de l'Etat l'obligation de construire des logements que d'inscrire un droit fondamental au logement purement déclamatoire, que l'affirmation de l'égalité de toutes les personnes en droit et en fait contenait naturellement l'égalité des sexes. Des arguments rationnels qui n'ont pas convaincu.

Sans doute le refus par la constituante d'accepter une proposition de Philippe Roch tendant à affirmer le principe de la responsabilité personnelle et donc le fait que chacun avait aussi des devoirs a-t-elle incité le militant écologiste de Russin a marqué une frontière. Une frontière subtile mais fondatrice entre ceux qui pensent que l'Etat est premier et que les habitants ont des droits et ceux qui estiment que les personnes sont premières, indépendantes et responsables et que l'Etat n'est qu'un soutien agissant selon le principe de subsidiarité.

Sans doute aussi les prochaines échéances électorales ont-elles pesés dans la recherche d'une droite qui s'était fort dispersée dans les travaux en commissions comme en témoignent les votes acquis souvent à de confortables majorités. S'agissant du PDC le choix de Michel Chevrolet, constituant sur la liste de la droite patronale GE-Avance et candidat à la maire de la Ville sur la liste démocrate-chrétienne n'est sûrement pas sans incidence.

L'équation n'est pas simple pour le PDC dont l'électorat est majoritairement bourgeois et gouvernemental, mais dont le coeur bat encore au rythme de l'enseignement social des églises.

Pour les radicaux, qui ce soir à 18h30 débattent du même sujet à leur siège du boulevard Jacques-Dalcroze, la messe est dite. La fusion avec les libéraux ne devrait pas susciter la même bronca des militants du père de la Constitution actuelle.

JF Mabut (de retour d'un tour au bout de la botte)

Commentaires

Une constitution ne doit pas être un programme politique, mais une vision de la relation entre l'Homme et l'Etat.
Vous l'avez très bien résumé dans votre blog.
Nous sommes en train de mettre en pratique ce que les philosophes ont essayé de démontrer depuis des centaines d'années.
Responsabilité du citoyen, droits du citoyen, devoirs du citoyen.
Une constitution doit être simple. Un enfant doit pouvoir la lire et la comprendre.
Les élus PDC n'ont pas à changer d'avis encore moins sous la pression d'une petite assemblée.
La vision de la droite, et jusqu'à preuve du contraire le PDC est un parti de centre-droit, est défendable et correspond à la notion d'Etat qu'elle défend.
L'égalité ne se résume pas seulement au sexe, mais aussi à l'inclinaison sexuelle, à la religion, à la race.
Je soutiens à 100 % l'avis de Roch et Loretan.
La gauche a également raison, mais c'est la majorité qui décide.
Revenir en arrière c'est de nouveau montrer que le PDC est une girouette et ne sait pas ce qu'il veut.

Écrit par : Bertrand BUCHS | 02/06/2010

Nous sommes actuellement au premier débat en séance plénière de l'Assemblé constituante. Nous traitons des "thèses" qui correspondent à des principes, début 2011 nous traiterons d'articles rédigés qui mettront l'ensemble en "partition".

Il y en aura encore 3 lectures, ainsi que 2 consultations de la population, rien ne doit être verrouillé, tout peut encore évoluer (ajouts, rappels, suppressions, amendements).

Les changement d'avis, des uns et des autres, tout au long du processus, donnant suite aux débats, consultations ou encore pétitions et propositions collectives doivent pouvoir s'effectuer sans être pris comme une "girouette" ...

Au final, ce n'est pas une majorité de circonstance qui permettra d'accepter une Nouvelle Constitution pour Genève, mais bien un document porté par au moins 70% de l'Assemblée.


Boris Calame, designer sgd et écologue, indépendant
Constituant, élu sur la liste des Associations de Genève


PS: Plaisir que de "revoir" J.-F. Mabut aux commandes de ce Blog et suivre les travaux de l'Assemblée constituante

Écrit par : Boris Calame | 02/06/2010

Je partage l'optimisme constructif de mon cher collègue Boris.

Il n'y a aucune raison de préjuger aujourd'hui de ce qui sera voté en Assemblée et soumis au vote du peuple en 2012. Pour l'instant, il y a un rapport de forces. Des compromis seront nécessaires plus tard. Je relève que 85 % des constituants bâlois ont approuvé leur constitution.

J'étais absent mardi dernier. Personnellement, je n'aurais jamais voté contre le principe de non-discrimination, parce que c'est un principe différent du principe d'égalité, et qu'il a toute sa place dans une constitution cantonale.

En revanche, le principe d'égalité entre hommes et femmes tel que rédigé par la Commission comportait des imperfections. Que signifie "l'égalité des chances dans la vie familiale" ? L'Etat n'a pas à intervenir dans la sphère familiale.

Ce qui est important, c'est que les femmes et les hommes aient la même possibilité de concilier travail, vie de famille et loisirs. Cela ne relève pas du principe d'égalité, mais des tâches de l'Etat : crèches, mamans de jour, accueil continu, travail à temps partiel pour les hommes et pour les femmes, travail à domicile, réduction des impôts pour les familles, encouragements fiscaux pour les entreprises qui créent des crèches, etc.

Un dernier point : les Verts ont fait capoter la thèse sur le principe de responsabilité individuelle et collective. Aujourd'hui, il n'y a plus rien dans ce domaine. Est-ce que pour autant les Verts ont été traités d'"irresponsables" ? Je commence sérieusement à en avoir assez de cette attitude qui consiste à dire que la droite c'est le mal, et que la gauche c'est le bien.

Des sexistes, des racistes, des xénophobes, des intolérants, il en a autant à gauche qu'à droite !

Écrit par : Murat Julian Alder | 02/06/2010

Les constitutions les plus modernes et progressistes du monde ont instauré la non-discrimination ET il y est spécifié pour quelle raison on ne peut pas être discriminé. Inscrire une phrase très vague peut amener à différentes interprétations suivant le contexte et les mentalités. Dans beaucoup de constitutions, il est inscrit "Toutes les personnes sont égales en droit", mais cela n'a pas empêché (ou cela n'empêche pas malheureusement toujours actuellement) de nombreux États de persécuter les homosexuels (en les mettant en prison, par exemple).
D'ailleurs, la constitution suisse de 1874 disait bien "Tous les Suisses sont égaux devant la loi." (ce qui est presque une copie de ce que la constituante genevoise a voté, sans compter la constitution 1848 qui proclamait l'existence entre tous les êtres humains (Menschen)). Cela n'a pas empêché à ce que l'homosexualité ait été dépénalisée au niveau fédéral qu'en 1942 et, surtout, que le droit de vote des femmes au niveau fédéral n'ait pas été accordé avant 1971 !

Inscrire dans la constitution les raisons pour lesquelles on ne peut pas discriminer (ethnie, sexe, religion, sexualité, etc) est plus qu'une liste à la Prévert, mais c'est surtout protéger la population et les minorités. Actuellement, il y a une tolérance grandissante pour les homosexuels, mais, qui sait, dans le futur cette tolérance de la population pourrait changer... Même chose pour les juifs, par exemple. Une inscription dans la constitution est symboliquement un "garde-fou".

Vous dites que dans la constitution suisse, l'égalité entre hommes et femmes est garantie ainsi que la non-discrimination (à une exception, les homosexuels ne sont pas explicitement mentionnés - on ne parle que de "mode de vie" - dans ce cas, la constitution genevoise aurait été plus complète et plus juste). Oui, c'est vrai, ce débat est surtout symbolique, mais les symboles sont importants pour de nombreux genevois, surtout lorsqu'on parle des droits si importants.
Vous ne pouvez pas dire à des femmes qui se sont battues pour avoir le droit de voter qu'écrire "Toutes les personnes sont égales en droit" et ne pas inscrire le principe d'égalité entre hommes et femmes ainsi que la discrimination n'est pas grave et revient du pareil au même, alors qu'à l'époque elles ne pouvaient pas voter, bien que la constitution suisse garantissait l'égalité entre les suisses !

Je suis personnellement choqué de la manière dont la droite est en train de saper les droits fondamentaux (et pas seulement la non-discrimination) et m'éloigne de la possibilité de voter à droite dans le futur. Oui, la droite est économiquement plus crédible que la gauche, mais si c'est pour voter pour un tas de conservateurs et intolérants, non !

Que cela vienne des PDC, un parti proche de l'église catholique (qui discrimine contre les femmes et les homosexuels - en les insultant continuellement et en leur interdisant la prêtrise... les gens qui forment les séminaristes ont la tâche de "détecter" toute personne ayant des tendances homosexuelles et les exclure de la prêtrise), cela ne m'étonne, mais que les radicaux, au vu de leur importance dans la création de la Genève moderne, suivent ce mouvement, cela me choque !

Veuillez excuse ma syntaxe (il est tard et je suis un tantinet en colère) et vous souhaite un bon travail à la constituante. Il va de soi qu'en tant que citoyen, si l'égalité entre hommes et femmes ET si l'article sur la non-discrimination n'y sont pas inscrits, je voterai contre cette nouvelle constitution et ferai compagne contre !

Écrit par : David M. | 06/06/2010

J'attends avec impatience le projet "définitif" de constitution proposé par la Constituante...

En attendant, il est dégoûtant de constater que (comme prévu?) les considérations politiques des partis l'importent beaucoup trop souvent sur le but noble de trouver "la meilleure" constitution pour notre canton.

Si la nouvelle constitution ne devrait pas être accepté, il faudrait porter plainte contre les partis politiques de ce canton, pour utilisation abusive de la Constituante pour des buts électoraux, et pour renflouer leur caisse avec la retro-cession des indemnités. J'espère vraiment que nous n'arriverons pas la!

Écrit par : Wouter vd Lelij | 06/06/2010

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