27/07/2010

Murat Julian Alder : «Les accusations de la gauche sont sans fondement»

alder photo Ackermann.pngParmi les élus radicaux à la Constituante, le novice Murat Julian Alder le dispute au chevronné Pierre Kunz dans l'art de se saisir du micro. Avocat, le jeune constituant fait partie de la petite cohorte des étoiles montantes de la politique genevoise.

Murat Julian Alder, qui tient un blog épisodique et dispose d'un site personnel à jour, a un parcours pas banal. Fils de deux diplomates - un Bâlois et une Turque - il a vécu dans de nombreux pays, comme il l'écrit sur son profil Facebook, d'où nous tirons la photo ci-contre. Il présidera dès le 1er Août la très importante commission de rédaction de l'Assemblée constituante de Genève, dont l'élection le 28 mai 2009 a été disputée (ici et et encore ). Il assistera ce jour-là, à Veyrier, au discours de son camarade de parti Pierre Maudet.

On retiendra de l'interview de cet homme pressé, qui va passer ses vacances sous les drapeaux, que:

  • La commission de rédaction rendra un avant-projet de la Constitution de Genève à la fin de l'année
  • Cet avant-projet suit fidèlement les votes de l'assemblée. Il sera sans doute encore passablement amendé avant l'échéance de la votation populaire de 2012
  • Aucun parti ne soutient actuellement le projet constitutionnel, mais le temps des compromis et de la conciliation arrivera forcément fin 2011
  • Le jeune président est confiant et pense que 75% des Genevois adopteront la nouvelle constitution du canton.

A propos du service militaire, activité à laquelle ce célibataire consacre beaucoup de temps, il se dit pour la suppression des cours de répétition mais contre la suppression de la conscription.


- J'ai l'honneur de succéder à l'excellent Thierry Tanquerel. Sous la houlette de mon collègue socialiste, la commission a déjà rédigé les articles à partir des thèses relatives aux droits fondamentaux votées par l'assemblée. Nous avons eu des débats parfois serrés sur certaines formulations. Quelques rares fois, nous avons voté, mais le clivage n'est pas gauche-droite comme en plénière. L'avant-projet devrait être prêt d'ici la fin de l'année. Il sera donc a priori disponible lors de la consultation de la population.

Le droit au logement et l'égalité des sexes ne figureront donc pas dans cet avant-projet

- Non. Mais l'avant-projet après la consultation populaire qui aura lieu à la fin de cette année ou au début 2011 repartira pour examen dans les cinq commissions thématiques et sera à nouveau discuté en plénière l'an prochain. On est encore loin du texte définitif qui sera soumis au vote des Genevois en 2012.

Regrettez-vous le rejet par la droite élargie de l'égalité des sexes et du droit au logement ?

- Pour l'égalité des sexes, nous nous sommes - certainement par excès d'audace - positionné dans un débat post-féminisme. Dire que toutes les personnes sont égales en droit place vraiment les femmes à l'égal de l'homme. Les réactions suscitées montrent que le sujet est encore sensible.  L'égalité entre homme et femme sera donc sans doute dans le texte final. Pour ce qui est du droit au logement, la droite a dit que la construction de logements sera une des tâches constitutionnelles de l'Etat. Le droit au logement  existe à Genève, mais jamais le canton n'a connu une pénurie aussi grave. Même Christian Grobet le reconnaît. Nous ne voulons pas non plus que l'on puisse s'adresser à un juge pour obtenir un logement.

L'égalité entre homme et femme existe en droit. L'assemblée a ajouté « et en fait ». Une femme pourra-t-elle demander au juge de faire respecter l'égalité des salaires en fait ?

- C'est déjà le cas en droit.

Pourtant les inégalités persistent, l'ajout de la mention « égalité en fait » va-t-elle faire avancer cette cause ?

- En fait, la commission de rédaction n'a pas su comment interpréter  cet ajout « en fait ». Elle s'est contentée de copier coller la thèse et d'en faire un article. Pour moi ce « en fait » est une absurdité.

N'empêche que l'inégalité demeure. Les hommes n'ont évidemment pas, sauf rares exceptions, à poursuivre leur patron en justice pour discrimination salariale. Les femmes prennent un risque à le faire. L'intitulé « en fait » ne fait-il pas obligation à l'Etat d'agir pour que le principe à travail égal salaire égal devienne réalité ?

- C'est possible. Mais ce n'est pas une évolution que j'appelle de mes vœux. C'est aux particuliers de faire valoir leurs droits.

Qu'est-ce qu'une bonne constitution ?

- Une bonne constitution doit être durable, applicable, compréhensible, tournée vers l'avenir. Un idéal...

Vous n'avez pas dit light comme le réclame la droite qui n'a de cesse de couper dans les 740 thèses sorties des commissions.

- Non, je regrette que les commissions ont préféré l'énumération exhaustive à la formulation de principes plus génériques, mais je ne crois pas à une constitution à l'anglo-saxonne qui tiendrait en quelques articles.
Certes le constituant MCG Patrick-Etienne Dimier, qui comme moi a rédigé un projet de constitution, propose quinze articles, mais chacun d'eux contient quinze alinéas. Le point d'achoppement est plutôt de ne retenir dans la Constitution de 2012 que ce qui est bien de rang constitutionnel et de ne pas l'alourdir avec des dispositions qui appartiennent au domaine législatif.
Une constitution devrait traiter des droits fondamentaux, de la gouvernance de l'Etat, des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire et des droits populaires, des grands domaines de compétence de l'Etat et des modalités de révision de la constitution.

Les Genevois seront-ils consultés ?

- La loi constitutionnelle du 24 février 2008 le prévoit implicitement. J'ai d'ailleurs proposé que l'on ajoute une feuille A5 au matériel de vote des votations du mois de novembre, afin de procéder à une consultation directe des citoyens en leur posant cinq à dix questions.  Le Bureau examine actuellement cette question.

C'est une innovation. Y a-t-il un précédent en Suisse ?

-Pas que je le sache. Aucune disposition n'interdit une telle consultation.

Le constituant PDC Loretan pense qu'il faut pouvoir d'une manière ou d'une autre proposer une Constitution à la carte aux Genevois. Le projet de base soumis au vote en 2012 serait peu novateur pour éviter le cumul des non et les propositions controversées feraient l'objet de votes complémentaires ou spécifiques.

- L'idée de Raymond Loretan est excellente, malheureusement la loi constitutionnelle plébiscitée par les Genevois en février 2008 ne permet pas un vote à la carte. Il nous faut donc nous atteler à proposer un texte capable de recueillir 75% des suffrages des Genevois en 2012.  A nous de trouver les concessions et les compromis nécessaires.
Ceux qui veulent une constitution plus « progressiste » n'ont qu'à lancer des initiatives populaires. Sur la question du droit de vote des étrangers au plan cantonal, par exemple, la gauche s'en est bien gardée. Ses accusations sont donc sans fondement.

Qui soutient le projet aujourd'hui ?

- Personne. La gauche le juge rétrograde. J'ai déclaré au nom des radicaux qu'en votant la diminution du nombre de signatures pour faire aboutir une initiative ou un référendum, l'assemblée avait franchi une ligne rouge qui empêcherait les radicaux de voter le texte.
L'allongement des horaires d'ouverture des magasins démontre qu'il n'est pas plus difficile aujourd'hui de récolter des signatures. Ce référendum a abouti en seulement 20 jours en récoltant 2000 signatures de plus que les 7000 requises !

L'échec est donc certain. A quoi bon continuer ?

- Pas du tout ! Nous n'en sommes qu'à la première phase. Chaque parti marque son territoire. C'est le jeu normal de la démocratie. Elle va durer encore jusqu'en novembre.  Le temps de la conciliation viendra en 2011. 
Quand on lit les premiers chapitres du nouveau projet, on se rend vite compte que la constitution de 2012 représente un grand progrès par rapport à la constitution actuelle. Nous ne vivons plus dans le même monde.

 

Pour la suppression des cours de répétion,
mais contre la suppression de la conscription

Le général Maurer ne sait plus trop à quel saint vouer l'armée suisse. Le GSSA en profite pour flanquer la trouille à la grande muette en lançant une initiative contre la conscription obligatoire, avec dit-on jusque dans les rangs de la droite - de bonne chance de l'emporter. Le Temps de lundi revient sur le sujet en éditorial sous le titre L'armée se morfond. J'ai donc profité de l'entretien avec l'aspirant capitaine Murat Julian Alder pour évoquer l’avenir de l’armée suisse.

Quel intérêt aujourd’hui de maintenir les cours de répétition, alors que plus personne n’y croit? Pourquoi ne pas faire une pause et réfléchir en épargnant à des centaines de milliers d’hommes suisses - on n'entend guère les tenantes de l'égalité des sexes sur ce point - le devroit de jouer à la guerre à coup de centaines de millions de francs. Bref quelle est la vision d'un jeune gradé de l’armée suissse pour les 20 prochaines années? Voici ses réponses

"Je ne suis pas opposé à la suppression des cours de répétition à condition d'allonger la durée de l'école de recrues de quelques semaines. Il est vrai, et je m'en rends compte aujourd'hui en particulier, que partir 3 ou 4 semaines par année est embêtant pour les salariés et leurs employeurs comme pour les indépendants.

"Je suis en revanche opposé à la suppression de la conscription obligatoire comme le propose le GSsA. Actuellement, l'examen de conscience ayant été supprimé, le libre choix entre le service civil et le service militaire existe déjà dans les faits.

"J'estime d'ailleurs que c'est un faux débat : il faut d'abord penser le rôle de l'armée. Sur cette base, on doit évaluer ses besoins en effectifs, et faire le choix d'un modèle de conscription en conséquence.
À l'heure actuelle, je trouve irresponsable de supprimer la conscription obligatoire eu égard aux missions constitutionnelles de l'armée, lesquelles exigent des effectifs de plusieurs dizaines de milliers de conscrits.

"Ma vision de l'armée suisse pour les 20 prochaines années : gérée de manière plus efficace, orientée en priorité sur les menaces actuelles, tout en conservant son savoir-faire en matière de défense, davantage présente à l'étranger pour des missions de maintien de la paix et d'aide humanitaire et offrant des formations réellement reconnues au civil. En d'autres termes, je plaide pour une Armée XXI assumée et financée, ce qui malheureusement n'est pas possible en raison des majorités de circonstances gauche + UDC qui bloquent tout au parlement."

 

11:50 Publié dans Projet | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : alder, gssa, constituante, genève, armée | |  Facebook

Commentaires

Murat Alder fait partie de ces jeunes élus à la Constituante, malheureusement pas assez nombreux, mais bien présents dans les débats, en commissions comme en plénière, et représentés dans la majorité des groupes.
Son optimiste et sa confiance quant aux résultats de nos travaux, et leur acceptation par la population genevoise, tranchent avec les propos quelque peu défaitistes de Thierry Tanquerel sur ce même blog.
En effet, pourquoi envisager un échec alors que tous les travaux des commissions thématiques n'ont pas encore été traitées en plénière..?
En particulier, les problématiques des commissions 4 et 5 (organisation territoriale et tâches de l'Etat) montreront bien à ceux qui ont le défaitisme facile qu'une constitution allégée, simple à comprendre et à appliquer, et surtout qui laisse une marge de manoeuvre intelligente au législatif, peut être concevable.
Une Constitution doit contenir des valeurs, et non des objectifs. Les valeurs guident l'action de nos élus, comme les étoiles les marins. L'objectif du marin est de conduire son bateau à bon port, en se guidant par les étoiles.
A trop confondre valeurs et objectifs, on mélange les genres et on fait d'un texte fondamental, par nature général et abstrait, un catalogue de prestations lourd et illisible.
Construisons donc la Genève de demain, par sa Constitution, en relevant ses avantages plutôt qu'en cumulant les preuves de défiance.C'est une question d'état d'esprit, chagrin ou constructif.

Écrit par : Jean-Marc Guinchard | 27/07/2010

J'y comprends rien! Selon ce jeune loup, la constitution doit être un idéal et tendre vers l'avenir. Par contre, il ne faut pas y inscrire clairement l'égalité des sexes, ni le droit au logement.
Moutons dormez tranquille! Le jeune loup montre les dents... enfin le vieux dentier radical.

Écrit par : Riro | 27/07/2010

Parce que "l'égalité entre toutes les personnes" est logiquement composé de l'égalité des sexes... titiller sur le sujet est complètement inutile, désuet et primaire.

Écrit par : Laurent | 01/08/2010

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