04/11/2010

Privé ou public: qui gère mieux les hôpitaux?

hug entée.jpgL'hôpital est un service public et un service public ne peut être géré par une entreprise privée. Pour la gauche, cette réponse est dogmatique, la droite défendant en principe la dogmatique inverse. Heureux les peuples dont les parlements peuvent en débattre.

On apprend ce soir, par un communiqué du parti socialiste, que "la majorité de droite de l'Assemblée constituante s'est à nouveau prononcée contre les services publics !"


"Elle a aujourd'hui refusé la thèse majoritaire de commission, mûrement négociée, énonçant que: "Les établissements publics médicaux sont des organismes de droit public." La droite ne manquera pas de chercher à démentir ce projet de démantèlement du service public, mais ce sont pourtant ses élus, parmi lesquels le médecin libéral Bordier, qui ont défendu en plénière que l'État ne doit pas avoir un rôle de gestionnaire, mais uniquement de surveillance."

A quand la nationalisation des notaires qui, à Genève, contrairement à Zurich, sont des entreprises privées?

N'ayant pas pu assister à la séance en direct, j'attend donc l'argumentaire de la droite pour en avoir le coeur net. Mais voici la suite du communiqué du PS signé par Cyril Mizrahi:

La droite manifeste ainsi sa volonté de privatisation des services publics, après avoir refusé, le 16 septembre dernier, le maintien, dans la Constitution, des établissements publics autonomes et des principes définissant la fourniture de services essentiels à la population. Le groupe socialiste pluraliste avait déjà alerté la population sur ce vote et sur les risques d'attaques renouvelées, relatifs aux établissements qui répondent à des besoins fondamentaux, dont la pérennité doit être garantie.

De manière hypocrite, certain-e-s Constituant-e-s prétendent que l'existence des HUG serait « évidente ». Alors pourquoi ne pas prévoir une disposition prévoyant au chapitre des missions de l'Etat l'existence d'un service public de la santé ? En réalité, la droite juge apparemment que la traversée de la rade, par exemple, est un sujet plus important.

Pourtant, le danger d'une privatisation est bien réel. Partout dans le monde, il existe des exemples de bradage du service public : l'Etat met à disposition de privés des infrastructures financées par nos impôts, versant en plus une confortable contribution aux « délégataires » pour des prestations chères et de piètre qualité. Est-ce cela que nous voulons ? Un système de santé réservé à une élite ?

La population a démontré à plusieurs reprises, entre autres par les urnes, son attachement au service public que l'on ne saurait ignorer et ce nouveau camouflet exprime à nouveau la légèreté de la majorité de droite

 

Commentaires

Quelle salade !
Comme le demandait malicieusement un de mes collègues : "qui, dans le secteur privé, pourrait avoir envie d'acheter un établissement qui réalise ... 700 millions de perte par année ?"
La seule raison pour laquelle la majorité de la Constituante n'a pas voulu mentionner les HUG en tant qu'établissement publique autonome est formelle. Aucun EPA ne figurera dans notre future charte, à l'exception de l'Hospice général. Et Cyril Mizrahi connaît depuis des mois cette décision qui découle de la volonté de la Constituante de laisser au Grand Conseil le soin de créer ces établissements et d'organiser leur gouvernance.

Écrit par : Pierre Kunz | 05/11/2010

Merci du complément, Monsieur le constituant. Mais comment voulez-vous que les quelques citoyens qui suivent encore les débats de la Constituante, sans parler des journalistes, puissent le savoir si la droite, respectivement la Constituante, ne fait pas son boulot d'information. Il me semble qu'il y avait une commission de la communication dans votre noble assemblée, que fait-elle?

Écrit par : jf mabut | 05/11/2010

Cher Monsieur Mabut,

Ce n'est pas à la droite de faire son boulot d'information, mais à la gauche de cesser son boulot de désinformation !

Bien à vous,

MJA

Écrit par : Murat Julian Alder | 05/11/2010

Le compte-rendu dans la Tribune de ce jour sous la plume de Marc Bretton me semble mettre mieux en évidence ce qui a pu être entrepris lors de notre séance d'hier.
Voir aussi mon commentaire sur mon blog
http://resistanceetouverture.blog.tdg.ch/archive/2010/11/04/entre-les-touche-a-tout-et-les-touche-a-rien-y-aura-t-il-une.html#comments

Écrit par : Maurice Gardiol | 05/11/2010

Concernant la nationalisation des notaires, y aurait quand même quelque chose à dire, non? Si on est de gauche, on prônera la "nationalisation" (et le fait qu'elle fonctionne bien à Zurich et dans d'autres cantons devrait tous nous rassurer, non?). Si on est de droite, on demandera la mise en concurrence, comme elle s'applique aux autres professions libérales (enfin, aux architectes et aux ingénieurs, pas aux avocats ni aux médecins...), ce qui devrait améliorer la transparence des tarifs des tabellions...

Écrit par : Eugen Billard | 10/11/2010

@ Murat et Pierre: La droite a effectivement du boulot à faire côté information, car décidément la désinformation n'est pas du côté de la gauche:

1) Contrairement à ce qu'essaie de faire croire Pierre Kunz, des activités déficitaires sont fréquemment déléguées à des privés contre rémunération de l'Etat. On pourrait aussi privatiser certains services bénéficiaires de l'hôpital, selon la tactique du salami. Mais le peuple n'en veut pas, c'est pourquoi il faut préserver le principe de l'établissement public médical dans la Constitution.

2) Notre but n'est pas de mettre en toutes lettres les HUG, mais de dire que l'hôpital, en tant que service public, doit rester un établissement public. Contrairement à ce que prétend Pierre Kunz, la commission a voulu garder les établissements publics dans leur principe, et a donc proposé des thèses sur les SIG, les TPG, les HUG, la BCGe, sans toutefois les mentionner explicitement. Le groupe socialiste ne fait ainsi que soutenir l'option de consensus, contrairement à la droite qui veut tout casser. Si ce n'est l'Hospice général qu'au contraire elle veut mentionner explicitement.

Les raisons de cette différence de traitement ne sont pas claires, c'est pourquoi on est en droit de craindre des velléités de privatisation. CQFD.

Écrit par : Cyril Mizrahi | 17/11/2010

PS: le commentaire sur mon blog confirme que la privatisation des HUG n'est pas taboue pour tout le monde: http://cyrilmizrahi.blog.tdg.ch/archive/2010/11/04/a3c97d85cb5f9169c0d7f80aa0b10436.html

Écrit par : Cyril Mizrahi | 17/11/2010

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